Acteurs

Architecte : Renaud loisel

Architecte : phillipe Peyrefitte

Architecte Urbaniste : Sophie Broustal

Paysagiste : Camille Florent

Classement : Lauréat

Le Projet

Contexte :

L’histoire de la commune de Lussant est à l’origine de son paysage agricole et urbain. Entre bourg ancien et village-rue séparé par la départementale, le village peine à s’imaginer un nouveau visage pour demain. Et pourtant la commune de Lussant possède de nombreux atouts, qui expliquent notamment l’attachement des habitants à leur village. Seulement aujourd’hui, l’étalement urbain des grandes villes, conjugué au prix du foncier, fait de ce village, à quelques kilomètres seulement de Rochefort, un lieu idéal du développement pavillonnaire. Ce mouvement urbain provoque le mitage des territoires naturels de Lussant. L’arrivée de nouveaux habitants dans le village apparaît donc comme un enjeu de taille. Lors de l’élaboration de notre recherche sur l’habitat individualisé compact, nous ne pouvions pas ignorer ce contexte urbain et social. Sans revisiter pour autant, l’étude urbaine préalable du CAUE 17, notre proposition s’attache aux continuités urbaines et aux tissus anciens existants. Tout en prenant soin de définir des typologies d’habitat individualisé singulières et attrayantes, nous avons assujettis nos propositions à ce terreau urbain essentiel, qui fait l’identité du village de Lussant.

Le respect d’un site

Comme beaucoup de village rue, la commune de Lussant souffre et profite à la fois du rapport qu’elle entretient avec la route départementale qui la traverse. Paradoxalement, Lussant offre une belle diversité de commerces et d’équipements pour un village de cette taille, qui fonctionne principalement sur la clientèle de passage. La perception de ces commerces est cependant délicate. Nous avons donc profité de la nécessaire distribution du territoire des Fontenelles, pour offrir à Lussant la possibilité de bénéficier d’un flux giratoire. D’autre part, nous avons fait le choix de considérer la place de la Mairie, comme le pivot de la distribution du village. Ce vide, au centre de la commune, est un atout précieux pour la perception et la communication depuis la départementale. La structure du village s’en trouve ainsi réinterpréter et transforme le village rue en bourg giratoire. Nous avons également pris soin de distinguer fortement les flux piétons des flux motorisés. Les équipements publics aujourd’hui situés sur un axe nord sud sont au cœur de la vie de Lussant. Nous avons pris soin, de combiner notre réflexion sur les modes d’habiter aux besoins et à la localisation des équipements dans le village, dans la limite de nos territoires d’intervention. Ainsi la localisation de l’école, visible depuis la départementale, profite non seulement d’une distribution adaptée et sécurisée, mais également d’un rapport au paysage plus singulier. Mais plus généralement, que ce soit pour les commerces, le sport, la mairie, ou les équipements du quartier, chacun de ces lieux s’annoncent comme un espace public. Le quartier d’habitat proposé se nourrit de ce réseau d’espace public, et c’est avec lui, qu’il compose un territoire urbanisé équilibré. Nous avons également reconditionné le terrain de pétanque, la place des sports avec ses vestiaires, et, nous avons implanté une halle de marché sur la place de la mairie. Ce sont ces espaces qui font la vie d’un village, il ne faut pas les perdre. De plus, le besoin évident de ces populations en équipements nous a également conduit à proposer une diversité d’occupation, en associant des commerces, l’école, et des équipements collectifs à notre projet d’habitat. Le projet cherche à tisser des liens entre le bâti et le paysage des fontenelles, et à éviter les ruptures franches telles qu’on peut les voir dans les jardins d’habitat pavillonnaire d’aujourd’hui. (Thuya, mur maçonné, grillage). L’implantation favorise ainsi les espaces ouverts communs, en dégageant des perspectives vers les éléments forts du site. La végétation glisse entre nos éléments bâtis, jusqu’à s’enfoncer au cœur du nouveau quartier d’habitat.

De nouvelles manières d’habiter

L’engouement pour la maison individuelle ne doit pas nous faire perdre de vue les réalités écologiques, économiques et sociales qui accompagnent le développement urbain. Les coûts énergétiques liés au développement des lotissements d’habitat pavillonnaire sont énormes. En outre, celui-ci s’accompagne très souvent d’une intensification des déplacements motorisés. Le lotissement de maisons individuelles et son « tour de maison » s’inscrit également dans une logique de cloisonnement social, peu propice à l’épanouissement. Aussi, notre proposition se devait de répondre à la volonté de chacun, tout en prenant acte de l’ensemble de ces menaces. En réponse à la volonté des habitants, nous avons proposé des typologies d'habitat individuel groupé, où ne prédomine ni l'isolement des individus, ni l'anonymat des collectifs. Nous avons particulièrement travaillé sur la mitoyenneté, afin d’offrir un habitat individualisé intime, tout en proposant à chacun, de nouvelles manières de vivre ensemble. Entre jardins à partager et patios jardins intimisés, notre proposition réponds à la diversité de la demande en évitant l’écueil du « tour de jardin » inadapté et coûteux. Ainsi, notre projet se constitue de deux typologies de logements imbriquées, qui répondent de multiples manières, aux enjeux de l’habitat individuel compact dense. La compacité qu’offre la première typologie permet de libérer des espaces collectifs plus généreux. La seconde disposée de manière plus aérée assouplit la frontière entre le bâti et son environnement.

Habitat groupé à patios

D’un côté, on assiste à la surdensification du territoire des querreux, autour d’une typologie simple, économique mais variée, dans un souci d’individualité des cellules familiales. L’organisation de ces maisons à patios répond à notre souci de proposer une typologie malléable où chacun serait libre de choisir l’organisation de son logement. La disposition de ces maisons autour de l’organisation historique du querreux charentais, offre une richesse d’espace semi-collectif, tout en proposant une densité conséquente. Cette disposition offre un cadre urbain singulier, qui se différencie nettement de la « rue minérale » ou de la « voirie végétale distendue » généralement rencontrée. Autour d’un principe constructif modulaire, ces maisons à patios offrent la possibilité à chaque foyer, de dessiner sa maison. La structure ossature bois commune est préfabriquée, l’assemblage, l’habillage et l’organisation y est librement appropriable. Choix des matériaux, choix de surface, choix d’organisation. Chaque habitant peut ainsi s’approprier son habitat. De plus, l’organisation autour du patio permet de proposer un jardin au cœur de la maison, comme une véritable pièce supplémentaire extérieure, aux multiples usages. Celle-ci agrandit et prolonge l’espace intérieur. Des plans types variés et multiples ainsi qu’un panel de matériaux disponibles accompagnent évidemment nos plans.

Habitat groupé sur pilotis

De l’autre côté, nous proposons des maisons surélevées, qui tissent avec le paysage un dialogue permanent. Profitant du terrain qui s’étire en pente vers le paysage, cet habitat propose de réinterpréter la notion de jardin. Le dessous privé de la maison, ainsi libéré, est le lieu d’évolutivité des activités extérieures. En revanche, le jardin privatif cède ici sa place à une nappe végétale à partager. Là où certains préfèreraient posséder leur jardin clôturé, d’autres seraient en mesure de vivre ces espaces extérieurs, comme des lieux de rencontres, d’épanouissement social, profitable à tous. Chaque maison est cependant individualisée et joue d’un décalage avec sa voisine, pour profiter d’un point de vue souvent en angle, sur la prairie environnante. Orientées au sud, chacune de ces maisons est protégées par un débord de toit généreux. La structure des maisons est identique. Autour d’un noyau dur et de portiques métalliques préfabriqués, chaque habitant peut à nouveau profiter d’une variété de matériaux, pour personnaliser son habitat. En outre, le dessous de la maison est entièrement personnalisable, chacun pouvant y jouer de son imagination. Cette surface bâtie a d’ailleurs un coût de construction très faible, et n’est pas taxable comme de la surface habitable. Matériaux, enveloppe Nous avons choisi de proposer des surfaces variées pour chacune des deux typologies : T2, T3, T4 et T5. Nos plans généreux, offrent une variété d’organisation afin de plaire au plus grand nombre. Nous proposons également de grandes cuisines où l’on peut manger, des séjours larges et ouverts aux angles, un vrai traitement des entrées, et des « family room » (chambre/bureau/TV) pour tous, permettant à chaque famille d’adapter sa maison, en fonction des besoins du moment. Nous avons également décidé de collectiviser certaines fonctions : Par exemple, le stationnement n’est plus rattaché à la maison. Disposant du nombre suffisant de places dans le quartier, nous proposons de séparer l’espace domestique de l’espace automobile. Ainsi disséminé, le stationnement offre une grande liberté d’usage et de traitement, tantôt couvert, tantôt ouvert, tantôt végétalisé, il offre néanmoins la qualité de ne pas être regroupé en un seul lieu. Les espaces extérieurs, ainsi libérés de l’automobile, peuvent devenir le lieu idéal pour les enfants, en toute quiétude. La collecte des déchets, la gestion des eaux de pluie, la chaufferie collective ou encore, la laverie collective sont autant de fonctions qu’un éco-quartier peut assurer à l’échelle du groupe. Cette proposition nous semble fondamental, et nous le voyons comme un élément à part entière d’un projet d’habitat individuel groupé. Dans la même logique, nous proposons un « éco-concierge », pour l’ensemble du quartier, qui en plus d’assurer son rôle conventionnel, aura ici les fonctions d’entretien des espaces verts collectifs et de veilleur des installations collectives. Son rôle essentiel au sein de la communauté, aura le mérite de responsabiliser tout le monde, dans l’appropriation et le respect des espaces et/ou des activités du groupe.

Phasage opérationnel

La disposition de l’ensemble des logements, de part et d’autre de la rue des Fontenelles permet le découpage de l’opération en deux zones d’habitat. Ainsi, l’opération peut s’adapter à l’évolution de la demande en logements sur la commune et permettre d’échelonner les dépenses. La première phase, plus dense reste contenue proche du cœur du village tandis que la seconde phase s’étend dans la végétation et assouplit le rapport minéral végétal. Notre projet est une proposition, qui parmi tant d’autres, offre des qualités de souplesse, d’adaptation et de variation. Nous l’avons projeté en qualité de support de réflexion, sur l’évolution de l’habitat individuel, c’est pourquoi chacune des typologies, chacune des implantations se veut singulière et manifeste. Sans prétendre à apporter la solution la plus juste pour la commune de Lussant, nous voyons cependant notre projet comme un apport architectural, urbain et paysager approprié aux réflexions en cours et à venir, sur le devenir de l’habitat pavillonnaire en France.

Formes urbaines durables : Pour un habitat individuel groupé dense